CO2 / transports
Transport maritime de marchandises
Le volume exact de CO2 produit par le transport maritime de marchandises dans le monde est sujet à controverse. En 2008, les émissions de CO2 ont été recalculées par l’Organisation maritime internationale (OMI) : elles seraient trois fois supérieures aux estimations précédentes avec un total de 1,12 milliard de tonnes, soit davantage que les émissions de pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, et environ l’équivalent de celles du Japon.
Si l’on se réfère au Top 20 des pays les plus pollueurs selon les chiffres de 2006 (voir notre rubrique Émissions de CO2 par pays), ceci placerait le transport maritime de marchandises à égalité avec le cinquième pays émettant le plus de CO2 dans le monde. En outre, la marine marchande engendre des émissions de soufre et autres produits chimiques dont on pense qu’ils seraient responsables de près de 60 000 décès par an dans le monde.
On croit souvent à tort que les navires marchands utilisent du diesel classique. Or, ils sont alimentés par du mazout lourd (aussi appelé “combustible de soute”), décrit par un responsable d’une grande entreprise de transport maritime comme “un résidu du pétrole […], le carburant le meilleur marché et le plus sale au monde”.
Selon la convention Marpol Annexe VI de 2005 (une convention internationale relative à la pollution en mer dont l’OMI est à l’origine), jusqu’à 4 % du carburant peut également être constitué de soufre hautement polluant.
Les plus grands navires peuvent transporter plus de 11 000 conteneurs chacun. Ces géants des mers consomment près de 380 tonnes de mazout lourd par jour. L’Emma Maersk danois, qui transporte des denrées alimentaires et des biens de grande consommation, est l’un des plus grands porte-conteneurs au monde : il émet plus de 300 000 tonnes de CO2 par an – l’équivalent d’une centrale à charbon de taille moyenne.
Les navires tels que l’Emma Maersk accostent souvent au port de Yantian, dans la ville chinoise de Shenzhen. Ils y embarquent des conteneurs de produits électroniques venant d’usines gigantesques comme celles du grand fabricant taïwanais Hon Hai, qui produit à Shenzhen les iPhone, la plupart des iPod et d’autres ordinateurs Apple, mais aussi toutes les consoles de jeux Nintendo, Sony et Microsoft, ainsi que de nombreux produits d’autres grandes marques. Ce sont 90 navires de la compagnie maritime Maersk Line qui viennent se ravitailler chaque semaine dans les ports de Chine, de Hong Kong et de Taïwan pour répondre à la demande mondiale en produits de grande consommation. Maersk Line dispose aujourd’hui de 6 autres porte-conteneurs de la taille de l’Emma Maersk, chacun émettant des quantités de CO2 similaires, et d’autres grandes compagnies maritimes utilisent elles aussi des navires du même type.
C’est 90 % du commerce mondial qui était transporté par près de 50 000 navires jusqu’au début de la crise qui nous touche actuellement. Ces chiffres mettent clairement en évidence le rôle du transport maritime dans les émissions de CO2.
De nombreux écologistes estiment que le transport maritime devrait être à l’ordre du jour de la Conférence de Copenhague sur les changements climatiques (du 7 au 18 décembre 2009), parce qu’il n’est à ce jour pas pris en compte dans les règlementations relatives au CO2 et que, comme l’aviation, il n’est pas couvert par le Protocole de Kyoto – une exemption que la députée européenne britannique Caroline Lucas qualifie de “choquante”. Le Dr Rajendra Pachauri, président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), pense lui aussi que le protocole qui fera suite à celui de Kyoto devra inclure le transport maritime. Une opinion également partagée par le gouvernement français qui a fait diverses déclarations en ce sens.
La crise économique mondiale a eu un impact sur le commerce international et cela affectera bien évidemment les émissions de CO2 jusqu’à la reprise. Plus de 500 porte-conteneurs sont actuellement à quai, tandis que les chantiers de construction navale s’activent pour assurer les très nombreuses commandes de nouveaux navires mises en route avant la récession. Cette surcapacité a entraîné une chute vertigineuse des coûts du transport maritime, même si ceux-ci ont déjà commencé à remonter.
Lorsque la crise sera derrière nous et que la consommation des ménages repartira à la hausse, ce sont des centaines de porte-conteneurs hautement pollueurs qui reprendront la mer…
Sources de l’article :
John Vidal : http://www.guardian.co.uk/environment/2008/feb/13/climatechange.pollution
Maersk Line : http://www.maerskline.com/link/?page=news&path=/images_media_use
Site du gouvernement chinois : http://www.fmprc.gov.cn/ce/ceph/eng/xwdt/t275043.htm
Autres sources : http://seekingalpha.com/article/131972-global-shipping-industry-sees-long-duration-economic-recession
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